Covid-19 : l’alimentaire en première ligne

16 mars 2020 – Pierre Christen

Lundi soir, Emmanuel Macron a sonné la mobilisation générale face à l’épidémie de Covid-19. Reconnu par le gouvernement comme prioritaire, le secteur agroalimentaire doit faire face à l’emballement des achats de précaution. Les usines tournent à plein. Tandis que des mesures sont prises pour assurer la continuité de la chaîne d’approvisionnement.

Il y a peu de missions aussi nobles que celle de nourrir les autres. Une assertion très souvent entendue dans la bouche des dirigeants d’entreprises alimentaires, des présidents successifs de l’Ania ou encore des responsables politiques de tous bords. Mais disons-le franchement. Ces paroles résonnaient le plus souvent dans le vide. Comme une évidence trop souvent ressassée et qui manquait de concret. La situation inédite provoquée par l’épidémie de Covid-19 (6633 cas et 148 morts annoncés à date par le Président de la République) nous montre que cette indifférence était en fait un luxe. Celui de nos sociétés occidentales, riches et confortables, où l’exigence post-Seconde Guerre Mondiale du « tout disponible tout le temps », devenue une habitude inconditionnelle, nous avait fait perdre la conscience de la chance de vivre dans un pays développé, doté d’outils de production alimentaire robustes et d’une chaîne logistique et de commercialisation éprouvée.

L’agroalimentaire, secteur prioritaire

Le passage au stade 3 de l’épidémie place l’alimentaire en première ligne. Reconnu par le gouvernement comme secteur prioritaire, les entreprises répondent depuis déjà deux semaines à l’emballement des achats de précaution. Selon les dernières données de Nielsen, la semaine du 2 au 8 mars a vu une augmentation des ventes de 9,4 % en valeur versus la même semaine l’an passé. La progression en volume est du même ordre. Produits symboles de ces achats de précaution, les pâtes voient leurs ventes littéralement exploser, avec, sur le drive, une hausse de 114 % comme le riz (+ 111 %), les légumes secs (+ 106 %), les plats cuisinés (+ 101 %), la farine (+ 69 %), les purées déshydratées (+ 84 %), et les poissons surgelés (+ 75 %). Le drive a d’ailleurs vu sa progression s’accélérer avec une hausse de 29 % du chiffre d’affaires, jusqu’à atteindre 7 % de part de marché hebdomadaire. Quant à la livraison à domicile, les ventes s’envolent littéralement avec une hausse de + 72,2 %.

L’enjeu logistique

Conséquence, les usines tournent à plein. A l’instar de Panzani, qui concentre sa production sur les références essentielles. « Nous faisons tourner les lignes concernées 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 depuis plus de deux semaines, explique Xavier Riescher, le président du groupe, à nos confrères de Linéaires (Lire l’article ici). En accord avec la distribution, nous avons suspendu les promotions pour arrêter la production des lots qui créent des pertes de cadence. » Une méthode en cours de généralisation dans le secteur.

La continuité des approvisionnements en produits alimentaires met aussi à l’épreuve la chaîne logistique. Bruno Le Maire a réuni dimanche 15 mars les acteurs du commerce alimentaire (grande distribution, détaillants, marchés de plein air,…) pour affirmer que  « la sécurité des approvisionnements en produits alimentaires est aujourd’hui garantie et le sera ». Selon les enseignes, de 90 à 95 % des références sont disponibles et continueront à l’être. « Il y aura peut-être moins de références, mais aucune pénurie sur des biens de première nécessité », a indiqué le ministre de l’Économie et des Finances, avant de préciser qu’il n’y aura aucune limitation en termes d’achats.

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